5 octobre 2026

La chapelle appartenait à un maître boulanger, la communauté payait un loyer pour son propre bâtiment et elle n’avait pas le droit de s’appeler « église ». L’apôtre de district Edmund Blöcker a changé cela. Il a été admis à la retraite il y a 100 ans.

4 octobre 1926. À sa propre demande, l’apôtre de district Edmund Blöcker est admis à la retraite ; l’apôtre-patriarche Hermann Niehaus confie le ministère à l’apôtre Johannes Lembke ; l’état de santé de l’apôtre de district Blöcker ne laisse pas d’autre choix. Il n’aura même pas exercé le ministère d’apôtre de district pendant quatre ans, il décède le 6 mai 1927. Durant son mandat ministériel, l’Église néo-apostolique de Hambourg peut, pour la première fois, se présenter aux yeux de l’État comme ce qu’elle se définit depuis ses demandes de reconnaissance en tant que personne morale en 1920 : une Église. Un nouveau nom que l’historien de l’Église, le Dr Manfred Henke, qualifie de « véritable sensation » de ces demandes. Dans la vie quotidienne, elle est restée encore longtemps une « communauté ».

Un berger reprend l’héritage

Johann Heinrich Edmund Blöcker, né en 1858, est berger et conducteur de la communauté de Hambourg-Eimsbüttel. L’apôtre de district Albert Güldenpfennig s’appuie sur lui, d’abord pour les questions administratives, puis pour la pastorale ; en 1918, le berger d’Eimsbüttel est ordonné évêque. Lorsque l’apôtre de district Güldenpfennig, malade, doit se retirer complètement à la fin de l’année 1921, l’apôtre-patriarche Hermann Niehaus confie à l’évêque la direction du district puis, un peu plus d’un an plus tard, il l’ordonne apôtre de district. Au début du mandat de l’apôtre de district Edmund Blöcker, le district compte 54 communautés ; à peine deux ans plus tard, il en compte 83. De plus, le nouvel apôtre de district hérite d’un problème qui est plus ancien que son ministère.

Un maître boulanger inscrit au registre foncier

La chapelle située dans l’Alfredstraße, à Hambourg-Borgfelde, avait été achetée en 1893 par le futur apôtre Friedrich Wachmann , et « enregistrée à son nom compte tenu des circonstances », écrit le Dr Henke. Le contexte : Les autorités avaient refusé le droit de propriété à la communauté. Le registre foncier mentionnait donc un maître-boulanger – Friedrich Wachmann tenait sa boulangerie juste à côté – et la communauté payait 2 000 marks par an de loyer pour son propre lieu de culte. Hambourg n’était pas un cas particulier. Au Royaume-Uni, berceau du mouvement apostolique, seules la Church of England (l’Église d’Angleterre) et la Church of Scotland (l’Église d’Écosse) étaient reconnues par la loi ; toutes les autres Églises n’œuvraient pas en tant que personne juridique, et leurs biens étaient gérés par des administrateurs. L’Église mère catholique-apostolique l’a payé cher : à la mort de ses derniers ministres, les administrateurs ont autorisé la démolition des églises ou les ont cédées à des tiers. Il ne restait plus qu’une seule communauté à Londres.

Lorsque, en 1911, les communautés de Hambourg ont souhaité au moins être inscrites au registre des associations, la police politique a fait opposition, à l’instigation de la Prusse, dont le territoire entourait finalement Hambourg. Ce n’est qu’avec la fin de la monarchie que cet obstacle sera levé ; la Neuapostolische Gemeinde e.V. (Communauté néo-apostolique) est enregistrée le 9 décembre 1921 (Archives d’État de Hambourg, 231-10 B 1973-186) – en tant que communauté, et pas encore en tant qu’Église. L’apôtre de district Blöcker définit les priorités : d’abord, en 1922, il achète à Harburg une maison d’habitation dotée d’une salle, puis, deux ans plus tard, la chapelle de Borgfeld pour l’église. Une salle pour Harburg lui semblait « plus urgente que le règlement des questions de propriété à Borgfelde », estime le Dr Henke.

« Un pied de nez à la Constitution »

Une association enregistrée peut avoir des possessions. Quels sont les avantages supplémentaires d’une collectivité publique ? Sur le plan juridique, elle est placée au même niveau que les Églises régionales (Landeskirchen). L’article 137 de la Constitution de Weimar ouvre la voie : « Les autres communautés religieuses doivent se voir accorder, à leur demande, les mêmes droits si leur constitution et le nombre de leurs membres garantissent leur pérennité. »

Ce sont les Länder qui statuent sur les demandes. Dès l’entrée en vigueur de la Constitution, l’apôtre de district Johann Gottfried Bischoff fait déposer des demandes dans l’État de Bade et en Prusse. Le Bade dit oui en l’espace d’un an. La Prusse, où jusqu’en 1918 seules les Églises régionales avaient le droit de porter le nom d’« Église », fait davantage de difficultés. De nouvelles objections, de nouveaux projets de Constitution, des notes de service à usage interne… La procédure s’éternise sur plusieurs années. Début 1925, l’avocat de l’Église, le Dr Jacob Flesch, perd patience : « C’est tout simplement un pied de nez à la Constitution. »

Hambourg a besoin de 107 jours

Alors que la Prusse fait traîner les choses, Hambourg passe à la vitesse supérieure. Le 17 janvier 1925, l’apôtre de district Blöcker dépose la demande. L’administration judiciaire, le Sénat et le Parlement régional travaillent rapidement ; les instances régionales de l’Église ne sont pas consultées. Le requérant assiste au dernier acte depuis son lit d’hôpital : à la mi-avril, l’apôtre de district Blöcker est victime d’un AVC, la veille au soir de la venue de l’apôtre-patriarche à Hambourg pour un service divin. Le 4 mai 1925, le Sénat promulgue une loi composée d’un seul article : « L’Église néo-apostolique du territoire de Hambourg se voit … accorder les droits d’une collectivité de droit public conformément à sa constitution du 8 mars 1925. » 107 jours se sont écoulés entre la demande et la loi ; la Prusse avait jusqu’alors mis près de cinq ans… pour ne parvenir à aucune décision.

Le succès de Hambourg ne fait pas école. Brême, Oldenbourg et Mecklembourg-Schwerin – qui font également partie du district – refusent ; Lübeck et le Wurtemberg attendent la Prusse. Le bilan dressé par l’historien de l’Église Henke : « Jusqu’à la réorganisation des structures étatiques en République fédérale d’Allemagne, la reconnaissance … est restée limitée à l’État de Bade et à Hambourg. » L’apôtre de district Blöcker connaît encore les premiers refus durant son mandat ministériel.

Un héritage allemand

Aujourd’hui, toutes les Églises territoriales allemandes bénéficient de ce statut, dont le fondement est le même qu’en 1925 : la loi fondamentale a repris les articles relatifs aux Églises de la Constitution de Weimar dans l’article 140. C’est à l’Église elle-même de décider ce qu’elle fait de ce statut. L’impôt ecclésiastique, par exemple, avait été inscrit à titre préventif dans un projet de loi par un fonctionnaire ministériel prussien en 1921, bien que l’Église ne l’ait jamais souhaité. Aujourd’hui s’applique encore : L’Église néo-apostolique ne prélève aucun impôt de ses membres.

À la reconnaissance juridique de 1925 s’est ajoutée celle, œcuménique, en 2026 : Depuis le 1er juillet, l’Église néo-apostolique est membre à part entière de la Communauté de travail des Églises chrétiennes (ACK) en Allemagne ; cet événement a été célébré au cours d’un service divin le 16 septembre à Berlin. En Allemagne, il a fallu un siècle pour passer de la reconnaissance de l’Église par l’État à sa reconnaissance par les Églises, la dernière étape ayant consisté en un quart de siècle de travail relationnel, depuis les premières discussions au sein d’une ACK régionale en 2001 jusqu’à l’adhésion en tant que membre invité en 2019, en passant par des années de dialogues théologiques.

Ailleurs, le nom est différent

Le statut de personne morale sous cette forme est une particularité allemande. Ailleurs, d’autres chemins mènent au même but. En Autriche, l’Église néo-apostolique est une Église reconnue par la loi depuis 1975. En Suisse, où l’Église néo-apostolique internationale a également son siège, elle est une association.

En Zambie, qui était à l’époque la colonie britannique de la Rhodésie du Nord et qui abrite aujourd’hui l’une des Églises territoriales comptant le plus grand nombre de fidèles, l’Église est reconnue par l’État depuis 1929, soit un an après la création de la première communauté. L’Église elle-même le formule sobrement sur le site nak.org : Dans d’autres États, elle est « reconnue officiellement sous la forme juridique prévue par la législation en vigueur ». Ce que Hambourg a accompli en un printemps a pris des décennies ailleurs, ou reste encore à faire.

Deux mots et un policier

Deux mots portent encore aujourd’hui une trace de l’époque antérieure à 1919. La loi prussienne de 1850 relative aux associations exigeait des statuts, des listes de membres et un « conducteur ». Officiellement, seuls les « membres et leurs invités » avaient accès aux réunions, et la police pouvait y envoyer un agent en uniforme pour écouter ce qui s’y disait. Le mot « conducteur » est plus ancien que la Prusse ; le Dr Henke voit néanmoins dans cette coutume néo-apostolique l’empreinte de la loi : « Lorsque les communautés néo-apostoliques sont aujourd’hui dirigées par un « conducteur de communauté » et accueillent des « invités » lors de leurs services divins, personne ne songe sans doute au fait qu’il s’agit là de termes qui avaient été imposés aux communautés par l’État autoritaire prussien. » Ces deux termes sont restés en usage au sein de l’Église, qu’Edmund Blöcker a fait inscrire au registre foncier et publier au Journal officiel. Pas le policier posté à la porte de la salle.

L’article complet du Dr Manfred Henke, intitulé : Il y a 100 ans – L’« Église néo-apostolique du territoire de Hambourg » devient une « collectivité de droit public », est disponible en téléchargement”

Körperschaft 1925 20250502 Manfred HenkeDownload

Photo: Archive